Christophe Savariaux


2024

Les plosives, généralement accompagnées d’un burst (relâchement audible) après la phase d’occlusion, sont néanmoins produites sans burst dans certaines langues d’Asie comme le thaï. Cette absence de bruit est attribuée au non relâchement brusque des articulateurs et est observée exclusivement lorsque les plosives sont en finale de syllabe, jamais en initiale. Nous formulons l’hypothèse qu’un mouvement d’abaissement du larynx pourrait provoquer une diminution de la pression intraorale pendant la tenue de l’occlusion induisant le non-relâchement articulatoire. Nous avons examiné le mouvement vertical du larynx chez deux locutrices natives lors de la production des plosives /p, t, k/ dans une tâche de lecture d’une liste de pseudo-mots de structure CVC. Les résultats montrent une grande variabilité dans le mouvement d’abaissement du larynx en fonction des segments consonantiques, vocaliques et du contexte tonal, suggérant que plusieurs facteurs pourraient être impliqués dans l’explication de la diminution de la pression intraorale.
Cette étude a pour but la description des qualités vocaliques présentes dans deux variétés de korebaju, une langue tucanoane parlée dans le piémont de l’Amazonie colombienne. Les analyses acoustiques et statistiques révèlent l’absence de différences significatives entre les voyelles des deux variétés. Néanmoins, des variations liées à la génération et au genre au sein d’une même variété ont été constatées. Les résultats suggèrent que la perception d’une glottalisation plus prononcée dans la variété tama pourrait être associée à une distinction morphologique, une hypothèse actuellement en cours d’examen en prenant en considération le système tonal, la nasalisation et la morphologie. Cet article est une version améliorée et en français de celui figurantdans les actes de la conférence 2nd Annual Meeting of the Special Interest Group on Under-resourced Languages, SIGUL-ISCA en 2023.

2020

Cette étude propose de caractériser le non relâchement des plosives finales /p, t, k/ de deux langues d’Asie, tonale (vietnamien) et non tonale (coréen), du point de vue aérodynamique et glottographique. Le comportement glottique (ouverture et fermeture de la glotte, position verticale du larynx) a été examiné en synchronisation avec les valeurs de débits d’air (oral et nasal) pendant les phases de la réalisation consonantique. Les résultats mettent en évidence (1) l’absence de relâchement nasal après l’occlusion de la plosive finale pouvant entraîner une baisse de la pression intraorale, (2) que le larynx s’abaisse systématiquement durant la tenue de la consonne. Cette stratégie de réalisation va dans le sens de notre hypothèse selon laquelle les plosives non relâchées sont produites avec un mécanisme permettant de diminuer la pression intraorale de manière à minimiser le coût articulatoire de la tenue de la closion avec, pour conséquence acoustique, l’absence de burst.
Les consonnes plosives sont parmi les phonèmes les plus représentés dans l’inventaire phonologique des langues du monde. Outre leur rôle linguistique, elles remplissent également un rôle paralinguistique dans la pratique instrumentale et vocale, notamment au sein de la pratique vocale du Human Beatbox. Cet article apporte un éclairage sur les similitudes et différences dans la dynamique articulatoire de trois consonnes plosives du français et des sons percussifs correspondants du Human Beatbox. Si ces deux modes de production vocale ont une racine commune, une dynamique articulatoire différente est mise en évidence pour le Human Beatbox. Nous retrouvons des indices d’un mécanisme éjectif, qui a un impact sur la dynamique linguale.

2016

La parole est souvent décrite comme une mise en séquence d’unités associant des représentations linguistiques, sensorielles et motrices. Le lien entre ces représentations se fait-il de manière privilégiée sur une unité spécifique ? Par exemple, est-ce la syllabe ou le mot ? Dans cette étude, nous voulons contraster ces deux hypothèses. Pour cela, nous avons modifié chez des locuteurs du français la production de la syllabe « bé », selon un paradigme d’adaptation auditori-motrice, consistant à perturber le retour auditif. Nous avons étudié comment cette modification se transfère ensuite à la production du mot « bébé ». Les résultats suggèrent un lien entre représentations linguistiques et motrices à plusieurs niveaux, à la fois celui du mot et de la syllabe. Ils montrent également une influence de la position de la syllabe dans le mot sur le transfert, qui soulève de nouvelles questions sur le contrôle sériel de la parole.
Les linguistes se sont régulièrement penchés sur la description du trait consonantique [+palatal] ; pourtant, le manque de données expérimentales constitue un obstacle au classement des consonnes concernées. Peu de travaux ont abordé la question du contrôle du geste lingual dans l’articulation palatale. Cependant, ils montrent que celui-ci semble bien plus complexe que dans d’autres consonnes. En russe, la plupart des consonnes possèdent une contrepartie palatalisée ce qui permet d’étudier les différences de réalisation du trait palatal au sein du même système. Nous proposons ici, à partir de données acquises avec un articulographe électromagnétique, de caractériser la variabilité du geste palatal impliqué dans la réalisation de différents types de consonnes palatalisées et prépalatales du russe en fonction des facteurs locuteur, accent et structure syllabique.

2012